Par bénéficiaire, pas par contrat
C’est la règle la plus mal comprise de l’assurance-vie, et celle qui coûte le plus cher quand on l’ignore.
Les 152 500 € s’apprécient par bénéficiaire. Pas par contrat, pas par foyer. Chaque personne désignée dispose de son propre abattement, sur les sommes versées avant les 70 ans de l’assuré.
Deux conséquences, symétriques. Ouvrir trois contrats au profit de la même personne ne triple rien : on additionne tout ce qu’elle reçoit du même assuré, et un seul abattement s’applique. À l’inverse, désigner trois personnes sur un seul contrat triple bel et bien la somme transmise sans impôt.
Ce qu’il faut retenir
Un exemple chiffré
Votre père vous laisse 200 000 € sur un contrat alimenté avant ses 70 ans. Vous êtes l’unique bénéficiaire.
| Étape | Montant |
|---|---|
| Ce que vous recevez | 200 000 € |
| Abattement | − 152 500 € |
| Part taxable | 47 500 € |
| Prélèvement de 20 % | 9 500 € |
| Il vous reste | 190 500 € |
Soit un prélèvement effectif de 4,75 %. À comparer aux droits de succession classiques, l’écart est considérable.
Pourquoi désigner plusieurs personnes
Reprenons 400 000 € sur un contrat alimenté avant 70 ans.
Un seul bénéficiaire : part taxable de 247 500 €, impôt de 49 500 €. Il lui reste 350 500 €.
Deux bénéficiaires à parts égales : chacun reçoit 200 000 € et dispose de son propre abattement. Chacun paie 9 500 €, soit 19 000 € au total.
Trois bénéficiaires : chacun reçoit environ 133 333 €, donc en dessous de l’abattement. Personne ne paie rien.
Le même capital, la même date de versement, et l’impôt passe de 49 500 € à zéro. Seule la clause bénéficiaire change.
Le cas où l’écart devient spectaculaire
Les taux de 20 % puis 31,25 % s’appliquent quel que soit le lien de parenté. C’est ce qui rend l’assurance-vie décisive pour transmettre hors de la famille proche.
Une somme de 900 000 € laissée à une personne sans lien de famille par testament serait taxée à 60 %. Par assurance-vie, versée avant 70 ans, l’impôt tombe à 154 844 € — il reste 745 156 €.
Même logique pour un neveu, un filleul, un concubin non pacsé ou un ami. C’est le seul outil qui permette de contourner un taux de 55 ou 60 % en toute légalité.
Les erreurs de clause bénéficiaire
Laisser la clause par défaut. « Mes héritiers » désigne les héritiers légaux, dans les proportions de la succession. Vous perdez alors tout le bénéfice d’une répartition choisie.
Oublier les bénéficiaires de second rang. Si le bénéficiaire décède avant l’assuré et qu’aucun remplaçant n’est prévu, le capital réintègre la succession — et redevient soumis aux droits ordinaires.
Ne jamais relire la clause. Un divorce, une naissance, un décès la rendent obsolète. Elle se modifie à tout moment, gratuitement, par simple courrier à l’assureur.
Questions fréquentes
L’abattement de 152 500 € vaut-il par contrat ou par bénéficiaire ?
Par bénéficiaire. Il se calcule en additionnant tout ce qu’une même personne reçoit de tous les contrats d’un même assuré, pour les sommes versées avant ses 70 ans.
Quel taux s’applique au-delà de 152 500 € ?
20 % jusqu’à 700 000 € de part taxable, puis 31,25 % au-delà. Ces taux s’appliquent quel que soit le lien de parenté, ce qui rend le dispositif particulièrement intéressant hors famille proche.
L’époux ou le partenaire de PACS paie-t-il quelque chose ?
Non, rien du tout, quel que soit le montant et quelle que soit la date des versements. L’abattement ne le concerne donc pas.
D’où viennent ces chiffres
L’abattement de 152 500 € et les taux de 20 % et 31,25 % figurent à l’article 990 I du code général des impôts. Le régime des versements après 70 ans, avec son abattement global de 30 500 €, relève de l’article 757 B — il fait l’objet d’un article distinct.
Pour mémoire, l’abattement successoral d’un enfant est de 100 000 € : l’assurance-vie s’y ajoute, elle ne s’y substitue pas.
Chiffres 2026, vérifiés le 3 août 2026. Le guide complet détaille les deux régimes.
Calculez ce que recevra chaque bénéficiaire
Les montants de cet article sortent du même moteur que le simulateur. Entrez les vôtres et vous verrez le détail, avant et après 70 ans.
Ce résultat est une estimation, calculée à partir de ce que vous avez saisi et des règles fiscales en vigueur. Ce n’est pas un calcul officiel, ni un conseil juridique ou fiscal. Seul un notaire peut établir le montant réel que vous aurez à payer.