Le principe : chaque héritier est taxé séparément
Une succession n’est pas imposée globalement. L’administration détermine d’abord ce que reçoit chaque bénéficiaire, puis applique à cette part un abattement et un barème qui dépendent tous les deux du lien de parenté avec le défunt. Deux personnes recevant le même montant peuvent donc payer des droits très différents.
C’est la raison pour laquelle la question « combien vais-je payer de droits de succession ? » n’a pas de réponse générale : elle dépend de trois éléments — l’actif net transmis, la part qui vous revient et votre lien de parenté.
Étape 1 — Déterminer l’actif net successoral
L’actif brut regroupe la valeur des biens composant la succession au jour du décès : immobilier, comptes bancaires, placements, véhicules, mobilier, parts de société. Il s’évalue à la valeur vénale, c’est-à-dire au prix auquel le bien pourrait être vendu.
De cet actif brut sont déduits :
- le passif : les dettes existant à la charge du défunt au jour du décès et justifiées — emprunts en cours, impôts dus, factures impayées, frais de dernière maladie ;
- les frais funéraires, dans la limite de 1 500 €, sans justificatif à produire (CGI, art. 775).
La différence constitue l’actif net successoral. C’est sur cette base, et non sur l’actif brut, que se répartissent les parts.
Assurance-vie : un régime distinct
Étape 2 — Calculer la part revenant à chaque bénéficiaire
La part se détermine selon les règles civiles de dévolution : ordre des héritiers, réserve héréditaire, quotité disponible, présence d’un conjoint survivant, et le cas échéant dispositions testamentaires. Ces règles relèvent du droit civil, pas du droit fiscal, et supposent souvent l’intervention d’un notaire.
Concrètement : deux enfants héritant seuls de leurs parents reçoivent chacun la moitié de l’actif net. Trois enfants, un tiers chacun. Mais dès qu’un conjoint survivant, un testament ou une donation entre époux entre en jeu, la répartition se complique.
Étape 3 — Appliquer l’abattement
Chaque bénéficiaire dispose d’un abattement personnel qui se soustrait de sa part avant taxation. C’est l’élément le plus déterminant du calcul, bien plus que le barème lui-même : un enfant recevant 90 000 € ne paiera aucun droit, tandis qu’un neveu recevant la même somme sera taxé sur presque l’intégralité.
| Bénéficiaire | Abattement | Référence |
|---|---|---|
| Époux ou épouse survivant | Exonération totale | CGI, art. 796-0 bis |
| Partenaire de PACS | Exonération totale | CGI, art. 796-0 bis |
| Enfant du défunt | 100 000 € | CGI, art. 779, I |
| Père ou mère du défunt | 100 000 € | CGI, art. 779, I |
| Petit-enfant du défunt | 1 594 € | CGI, art. 788, VI |
| Frère ou sœur du défunt | 15 932 € | CGI, art. 779, IV |
| Neveu ou nièce du défunt | 7 967 € | CGI, art. 779, V |
| Autre parent jusqu’au 4e degré | 1 594 € | CGI, art. 788, VI |
| Personne sans lien de parenté | 1 594 € | CGI, art. 788, VI |
| Bénéficiaire handicapé (abattement supplémentaire) | 159 325 € | CGI, art. 779, II |
L’abattement en faveur des personnes handicapées, de 159 325 €, s’ajoute à l’abattement personnel lorsque le bénéficiaire est atteint d’une infirmité l’empêchant de travailler dans des conditions normales de rentabilité. Un enfant handicapé bénéficie ainsi de 100 000 € + 159 325 € = 259 325 € par parent.
Lorsqu’aucun abattement spécifique n’est prévu — petit-enfant venant de son propre chef, cousin, concubin, ami —, un abattement résiduel de 1 594 € s’applique (CGI, art. 788, VI). Il ne se cumule pas avec l’abattement handicap.
Étape 4 — Appliquer le barème
La part restant après abattement — la part nette taxable — est soumise à un barème qui dépend, là encore, du lien de parenté. En ligne directe et entre frères et sœurs, ce barème est progressif : chaque tranche est taxée à son propre taux. Au-delà, il devient proportionnel : un taux unique frappe la totalité de la part taxable.
Barème en ligne directe
Il concerne les enfants, les petits-enfants et les ascendants (père, mère, grands-parents).
| Part nette taxable | Taux |
|---|---|
| Jusqu’à 8 072 € | 5 % |
| De 8 072 € à 12 109 € | 10 % |
| De 12 109 € à 15 932 € | 15 % |
| De 15 932 € à 552 324 € | 20 % |
| De 552 324 € à 902 838 € | 30 % |
| De 902 838 € à 1 805 677 € | 40 % |
| Au-delà de 1 805 677 € | 45 % |
Barème entre frères et sœurs
| Part nette taxable | Taux |
|---|---|
| Jusqu’à 24 430 € | 35 % |
| Au-delà de 24 430 € | 45 % |
Parents jusqu’au 4e degré
Cette catégorie regroupe notamment les neveux et nièces venant de leur propre chef, les oncles et tantes, et les cousins germains.
| Part nette taxable | Taux |
|---|---|
| Sur la totalité de la part taxable | 55 % |
Parents éloignés et personnes non parentes
Un concubin, un ami, un filleul ou un parent au-delà du 4e degré relève du taux le plus élevé, sans abattement significatif.
| Part nette taxable | Taux |
|---|---|
| Sur la totalité de la part taxable | 60 % |
Les exonérations totales
Le conjoint survivant et le partenaire de PACS
L’époux ou l’épouse survivant est totalement exonéré de droits de mutation par décès (CGI, art. 796-0 bis). Il en va de même du partenaire lié au défunt par un pacte civil de solidarité — à une réserve importante : contrairement au conjoint, le partenaire de PACS n’est pas héritier légal. Sans testament le désignant, il ne reçoit rien, et l’exonération n’a alors pas d’objet.
Le concubin, quelle que soit la durée de la vie commune, ne bénéficie d’aucune exonération : il relève du taux applicable aux personnes non parentes.
L’exonération entre frères et sœurs
Un frère ou une sœur du défunt peut être totalement exonéré (CGI, art. 796-0 ter), sous trois conditions qui doivent être remplies simultanément au jour du décès :
- Le bénéficiaire est célibataire, veuf, divorcé ou séparé de corps au jour du décès.
- Le bénéficiaire a plus de 50 ans au jour du décès, ou est atteint d’une infirmité le mettant dans l’impossibilité de subvenir par son travail aux nécessités de l’existence.
- Le bénéficiaire a été constamment domicilié avec le défunt pendant les cinq années précédant le décès.
Cette exonération vise des situations précises — typiquement une fratrie âgée ayant vécu ensemble — et suppose de pouvoir justifier la domiciliation commune. Si une seule condition manque, l’abattement de 15 932 € et le barème entre frères et sœurs s’appliquent normalement.
Le rappel des donations de moins de quinze ans
Les donations consenties par le défunt à un même bénéficiaire au cours des 15 dernières années sont réintégrées dans le calcul (CGI, art. 784). Ce mécanisme, appelé rappel fiscal, produit deux effets :
- l’abattement disponible est réduit de la fraction déjà consommée lors de la donation ;
- les tranches basses du barème déjà utilisées ne sont pas reconstituées : la part successorale est taxée dans les tranches supérieures.
Au-delà de 15 ans, la donation est totalement effacée du calcul : abattement et tranches sont intégralement reconstitués. C’est ce qui explique l’intérêt d’anticiper une transmission.
Les dons manuels non déclarés, les donations-partages et les donations indirectes entrent dans ce champ. Une donation oubliée fausse donc systématiquement une estimation.
Ce que paient concrètement les principaux bénéficiaires
Un enfant
Après un abattement de 100 000 €, la part taxable est soumise au barème en ligne directe, dont les quatre premières tranches restent modérées. Un enfant recevant 150 000 € est taxé sur 50 000 € ; l’essentiel de cette somme relève de la tranche à 20 %.
Un frère ou une sœur
L’abattement tombe à 15 932 € et le barème démarre à 35 %. La charge fiscale devient significative dès les premiers dizaines de milliers d’euros, sauf si l’exonération de l’article 796-0 ter s’applique.
Un neveu ou une nièce
Après un abattement de 7 967 €, la part taxable est frappée d’un taux unique de 55 %. Une exception existe : le neveu qui vient en représentation de son parent prédécédé est taxé au tarif applicable entre frères et sœurs, ce qui change fortement le résultat.
Une personne sans lien de parenté
Abattement de 1 594 € et taux de 60 % : c’est le régime le plus lourd, celui du concubin, de l’ami ou du légataire tiers.
Les erreurs qui faussent le plus souvent une estimation
- Raisonner sur l’actif brut plutôt que sur l’actif net, en oubliant les dettes déductibles.
- Confondre part civile et part fiscale lorsqu’un conjoint survivant opte pour l’usufruit : la valeur de la nue-propriété transmise aux enfants suit alors le barème de l’article 669 du CGI.
- Oublier une donation consentie il y a moins de 15 ans, ce qui conduit à sous-estimer les droits.
- Intégrer l’assurance-vie à l’actif successoral, alors qu’elle relève d’un régime distinct.
- Appliquer l’abattement de 31 865 € — qui concerne les donations aux petits-enfants — à une succession, où il n’existe pas.
Vérifier votre situation
Le simulateur reprend l’ensemble de ces étapes à partir des montants que vous saisissez, et affiche le calcul tranche par tranche ainsi que les hypothèses retenues.
Estimer mes droits de succession
Pour le détail des règles appliquées et de leurs limites, voir la méthodologie du calcul et la liste des sources officielles.