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Fiscalité Claire

Droits de succession entre frère et sœur : ce que vous allez payer

Un frère ou une sœur est l’un des héritiers les plus lourdement taxés : 15 932 € d’abattement seulement, puis 35 % et 45 %. Voici le calcul complet, les montants réels, et le cas où l’on ne paie rien du tout.

Mis à jour le 4 août 2026 · 8 min de lecture

La réponse en deux chiffres

Si vous héritez de votre frère ou de votre sœur, deux nombres résument presque tout ce que vous devez savoir.

Vous recevez 15 932 € sans rien payer. Au-delà, l’État prend 35 %, puis 45 %.

C’est l’un des cas les plus lourds du droit français. Pour vous donner une idée : sur un héritage de 200 000 €, un enfant paierait environ 18 194 €. Un frère en paie 80 388 €, soit plus de quatre fois plus.

Un point qui surprend beaucoup de monde

L’impôt ne se calcule pas sur ce que la personne laisse, mais sur ce que vous recevez personnellement. Si vous héritez à deux, chacun est imposé de son côté, sur sa propre part, avec son propre abattement.

L’abattement de 15 932 €

Un abattement, c’est la somme que vous pouvez recevoir sans payer un centime. Chaque héritier a la sienne, et elle dépend uniquement de son lien avec la personne décédée.

Pour un frère ou une sœur, elle est de 15 932 €. Elle vaut par personne : si vous êtes trois frères et sœurs à hériter, chacun a droit à ses 15 932 €, ils ne se partagent pas.

Pour situer ce montant, voici ce à quoi ont droit les autres héritiers :

  • Un enfant : 100 000 €
  • Un frère ou une sœur : 15 932 €
  • Un neveu ou une nièce : 7 967 €
  • L’époux ou le partenaire de PACS : rien à payer, quel que soit le montant

Ce n’est pas le taux d’imposition qui fait la différence entre un enfant et un frère, c’est d’abord cet écart d’abattement : 100 000 € contre 15 932 €.

Le barème : 35 % puis 45 %

Une fois l’abattement retiré, ce qui reste est imposé par tranches, un peu comme l’impôt sur le revenu. Deux tranches seulement pour les frères et sœurs :

Part taxableTaux
Jusqu’à 24 430 €35 %
Au-delà de 24 430 €45 %

Attention à une confusion fréquente : le taux de 45 % ne s’applique pas à toute la somme. Il ne frappe que la partie qui dépasse 24 430 €. Les premiers 24 430 € restent à 35 %.

Cela dit, la deuxième tranche arrive très vite. Dès que votre part dépasse environ 40 000 €, l’essentiel de ce que vous recevez est taxé à 45 %.

Un exemple complet, ligne par ligne

Prenons une situation concrète. Votre sœur décède. Elle laisse un appartement et des comptes bancaires pour 250 000 €, un crédit à la consommation non remboursé de 30 000 €, et les obsèques ont coûté 3 000 €. Vous êtes son unique héritier.

ÉtapeMontant
Valeur des biens250 000 €
On retire les dettes30 000 €
On retire les frais d’obsèques (plafonnés)1 500 €
Ce qui reste à partager218 500 €
Votre part (100 %)218 500 €
On retire votre abattement15 932 €
Somme imposable202 568 €

On applique ensuite le barème sur ces 202 568 € :

  • 24 430 € × 35 % = 8 551 €
  • 178 138 € × 45 % = 80 162 €

Impôt à payer : 88 713 €. Il vous reste 129 787 € sur les 218 500 € que vous avez reçus — soit un peu moins de 60 %.

Deux détails utiles au passage. Les frais d’obsèques sont déductibles, mais plafonnés à 1 500 € : les 3 000 € réellement dépensés ne comptent qu’à moitié. Et les dettes se retirent avant tout le reste, ce qui n’est pas anodin : ces 30 000 € de crédit vous ont fait économiser environ 13 500 € d’impôt.

Si vous êtes plusieurs frères et sœurs

Chacun est imposé séparément, sur sa propre part, avec son propre abattement. Diviser l’héritage réduit donc l’impôt total, puisque chaque héritier repasse par la tranche basse à 35 %.

Sur une succession de 200 000 € :

  • Un seul héritier : il reçoit 200 000 €, paie 80 388 €, et garde 119 612 €.
  • Deux héritiers : chacun reçoit 100 000 €, paie 35 388 €, et garde 64 612 €. Soit 70 776 € d’impôt au total, contre 80 388 €.

L’économie n’est pas énorme, mais elle est réelle : environ 9 600 € dans cet exemple. Elle vient du double abattement et du passage en tranche basse pour chacun.

Le cas où l’on ne paie rien

Il existe une exonération totale entre frères et sœurs. Elle est peu connue, et pourtant elle change tout : zéro impôt, quel que soit le montant.

Elle suppose que trois conditions soient réunies en même temps, au moment du décès :

  1. Il ou elle est célibataire, veuf, divorcé ou séparé de corps.
  2. Il ou elle a plus de 50 ans, ou ne peut pas travailler à cause d’un handicap.
  3. Il ou elle vivait sous le même toit que la personne décédée depuis au moins 5 ans, sans interruption.

Autrement dit : deux frères, ou deux sœurs, qui ont vécu ensemble sous le même toit pendant leurs dernières années, sans conjoint ni de l’un ni de l’autre. C’est une situation assez fréquente entre personnes âgées, et elle mérite d’être vérifiée avant de se résigner à payer.

Les trois conditions, ou aucune

Il ne suffit pas d’en remplir deux. Si l’une des trois manque — un mariage, un déménagement dans la quatrième année, un âge inférieur à 50 ans sans incapacité de travailler — l’exonération tombe entièrement et le barème normal s’applique.

Le simulateur vous pose ces trois questions et calcule le résultat dans les deux cas. En cas de doute sur l’une d’elles, notamment sur la continuité des cinq ans de vie commune, c’est au notaire de trancher.

Demi-frère, beau-frère, frère adoptif

Ces trois situations sont souvent confondues, alors qu’elles n’ont rien à voir sur le plan fiscal.

Le demi-frère et la demi-sœur — vous n’avez qu’un parent en commun — sont traités exactement comme un frère ou une sœur : 15 932 € d’abattement, puis 35 % et 45 %. Aucune différence.

Le beau-frère et la belle-sœur — le conjoint de votre frère, ou le frère de votre conjoint — ne sont pas vos parents au sens de la loi fiscale. Ils sont considérés comme des personnes sans lien de famille : 1 594 € d’abattement, puis 60 % sur tout le reste. C’est le taux le plus élevé qui existe.

Le frère ou la sœur par adoption dépend du type d’adoption. En adoption plénière, le lien est identique à un lien de sang et le régime des frères et sœurs s’applique. En adoption simple, la règle est plus complexe et dépend de la situation : demandez au notaire.

Les dons reçus avant le décès

C’est le point qui fausse le plus souvent les calculs faits à la maison.

Si votre frère ou votre sœur vous a donné de l’argent il y a moins de 15 ans, ce don est réintégré dans le calcul. Concrètement, l’abattement que vous aviez utilisé à ce moment-là n’est plus disponible aujourd’hui.

Un exemple. Votre sœur vous a donné 20 000 € il y a cinq ans. Vous aviez alors consommé la totalité de vos 15 932 € d’abattement. À son décès, vous héritez de 200 000 € : cette fois, vous n’avez plus d’abattement du tout. L’impôt passe de 80 388 € à 87 964 €.

Au-delà de 15 ans, en revanche, le don est définitivement oublié et l’abattement se reconstitue entièrement. C’est ce qui rend l’anticipation si efficace.

Pourquoi c’est si cher

La logique du droit français est simple : plus le lien de parenté est éloigné, plus l’impôt est élevé. La transmission est pensée pour descendre — vers les enfants et les petits-enfants — et non pour aller sur le côté.

Un frère ou une sœur est considéré comme un parent « collatéral ». C’est aussi pour cette raison qu’un neveu paie encore plus : sur 100 000 € reçus, il en verse 50 618 €, soit plus de la moitié.

Ce n’est pas une question de justice, c’est un choix politique inscrit dans le code des impôts depuis longtemps. Le seul levier réel est d’anticiper.

Ce qui peut être fait avant le décès

Rien ne peut être fait après. En revanche, du vivant de la personne, trois pistes existent. Aucune n’est un montage : ce sont des dispositifs prévus par la loi.

L’assurance-vie est de loin le levier le plus puissant. Elle ne fait pas partie de la succession et a ses propres règles : chaque bénéficiaire reçoit 152 500 € sans impôt pour les sommes versées avant les 70 ans du titulaire, puis 20 %. À comparer aux 45 % des droits de succession. C’est le seul outil qui change vraiment l’ordre de grandeur — voyez le simulateur d’assurance-vie.

Les dons espacés : l’abattement de 15 932 € se reconstitue tous les 15 ans. Donner régulièrement, sur une longue période, permet de transmettre sans impôt — mais ce rythme suppose de s’y prendre très tôt.

Le testament ne réduit pas l’impôt en lui-même, mais il permet de choisir qui reçoit quoi. Répartir entre plusieurs personnes multiplie les abattements et maintient chacun dans les tranches basses.

Un réflexe à avoir

Ces trois pistes ont des conséquences juridiques réelles, y compris sur la part réservée aux héritiers protégés. Elles se décident avec un notaire, pas seul devant un simulateur.

Questions fréquentes

Quel est l’abattement pour un frère ou une sœur en 2026 ?

L’abattement est de 15 932 € par frère ou sœur héritier. Au-delà, les droits de succession sont dus au taux de 35 % jusqu’à 24 430 €, puis 45 %.

Un frère ou une sœur peut-il être exonéré de droits de succession ?

Oui, mais trois conditions doivent être réunies au moment du décès : être célibataire, veuf, divorcé ou séparé de corps ; avoir plus de 50 ans ou être dans l’incapacité de travailler ; et avoir vécu avec le défunt de façon continue pendant les cinq années précédant le décès. L’exonération est alors totale.

Combien paie un frère qui hérite de 100 000 € ?

Après l’abattement de 15 932 €, la part taxable est de 84 068 €. Les droits s’élèvent à 35 388 €, soit environ 35 % de la somme reçue. Il reste 64 612 €.

Un demi-frère paie-t-il les mêmes droits qu’un frère ?

Oui. Un demi-frère ou une demi-sœur, qui partage un seul parent avec le défunt, bénéficie du même abattement de 15 932 € et du même barème qu’un frère ou une sœur de sang.

D’où viennent ces chiffres

L’abattement de 15 932 € figure à l’article 779, IV du code général des impôts. Le barème à 35 % et 45 % vient de l’article 777, tableau III. L’exonération totale est prévue à l’article 796-0 ter. Le rappel des dons de moins de 15 ans est à l’article 784.

Ces valeurs sont celles de 2026, vérifiées le 3 août 2026. La liste complète des textes est sur la page sources, et le détail du calcul sur la page méthodologie.

Calculez votre situation exacte

Les exemples de cet article sont calculés par le même moteur que le simulateur. Entrez vos propres montants et vous obtiendrez le détail complet, tranche par tranche, en trois minutes.

Ce résultat est une estimation, calculée à partir de ce que vous avez saisi et des règles fiscales en vigueur. Ce n’est pas un calcul officiel, ni un conseil juridique ou fiscal. Seul un notaire peut établir le montant réel que vous aurez à payer.