Ce qui change à 70 ans
Une précision d’abord, car c’est là que se joue la plupart des malentendus : ce qui compte n’est ni la date d’ouverture du contrat, ni la date du décès. C’est l’âge qu’avait le titulaire au moment de chaque versement.
Un contrat ouvert à 40 ans mais alimenté à 75 ans relève du régime « après 70 ans » pour ces derniers versements. À l’inverse, un contrat ouvert à 68 ans et alimenté aussitôt garde le régime favorable, même si le décès survient vingt ans plus tard.
Les deux régimes coexistent donc au sein d’un même contrat.
| Versé avant 70 ans | Versé après 70 ans | |
|---|---|---|
| Ce qui est imposable | Versements et intérêts | Les versements seulement |
| Abattement | 152 500 € par bénéficiaire | 30 500 € à partager entre tous |
| Taux au-delà | 20 %, puis 31,25 % | Barème des successions, selon le lien de parenté |
Les intérêts sont exonérés, sans plafond
C’est le point que presque personne ne connaît, et c’est le plus important de tout l’article.
Après 70 ans, seules les sommes versées entrent dans le calcul. Tout ce qu’elles ont rapporté — intérêts, plus-values, dividendes — est totalement exonéré. Pas de plafond, pas de condition.
Prenons un contrat alimenté de 100 000 € à 72 ans, qui vaut 180 000 € au décès vingt ans plus tard. Les 80 000 € de gains ne sont jamais imposés. Seuls les 100 000 € versés le sont, et encore, après abattement.
Ce que ça implique concrètement
Un abattement partagé, et c’est la vraie différence
Voilà l’autre point que les gens comprennent mal. Les 152 500 € du régime « avant 70 ans » valent par bénéficiaire : trois enfants, c’est trois fois cet abattement.
Les 30 500 € du régime « après 70 ans » sont globaux. Ils se partagent entre tous les bénéficiaires, au prorata de ce que chacun reçoit. Avec trois enfants à parts égales, chacun n’a droit qu’à environ 10 167 €.
C’est là que se situe la vraie perte, pas dans le montant de l’abattement lui-même.
Un exemple chiffré
Votre père a versé 100 000 € sur son contrat après ses 70 ans. Vous êtes l’unique bénéficiaire, et vous êtes son enfant.
| Étape | Montant |
|---|---|
| Sommes versées après 70 ans | 100 000 € |
| Abattement | − 30 500 € |
| Somme imposable | 69 500 € |
| Impôt, au barème des enfants | 12 094 € |
Vous recevez 87 906 € — à condition que votre abattement successoral de 100 000 € ait déjà été consommé par le reste de la succession.
S’il ne l’a pas été, l’impôt tombe à zéro. Les 69 500 € imposables s’imputent alors sur cet abattement, qui les absorbe entièrement. C’est précisément ce que les simulateurs approximatifs ratent, et ça change tout.
Faut-il continuer à verser après 70 ans ?
La réponse honnête est : cela dépend de deux choses, et de rien d’autre.
Du nombre d’années restantes. Plus l’argent reste longtemps sur le contrat, plus la part exonérée — les intérêts — grossit. Un versement destiné à fructifier quinze ans n’a rien à voir avec un versement fait un an avant le décès.
De l’abattement successoral disponible. Si vos héritiers n’ont pas consommé leurs 100 000 € par ailleurs, les sommes versées après 70 ans peuvent passer sans impôt du tout.
Ce qui est certain, c’est qu’il ne faut jamais fermer un contrat existant pour en ouvrir un nouveau. Les versements antérieurs à 70 ans conservent leur régime favorable tant que le contrat vit. Le clôturer fait perdre cet avantage définitivement.
Les trois erreurs fréquentes
Croire que le contrat entier bascule. Non : chaque versement garde le régime de l’âge auquel il a été fait. Un contrat peut relever des deux régimes à la fois, et l’assureur le décompose dans son relevé.
Oublier que l’époux ne paie rien. Le conjoint et le partenaire de PACS sont totalement exonérés, quel que soit le montant et quelle que soit la date des versements. Toute cette discussion ne les concerne pas.
Ignorer le décompte de l’assureur. C’est le seul document qui indique combien a été versé avant 70 ans et combien après. Sans lui, aucun calcul n’est fiable. Demandez-le : il est communiqué sur simple demande.
Questions fréquentes
Quel est l’abattement d’une assurance-vie après 70 ans ?
L’abattement est de 30 500 €. Contrairement à celui de 152 500 € qui vaut par bénéficiaire, il est global : il se partage entre tous les bénéficiaires du contrat, au prorata de ce que chacun reçoit.
Les intérêts sont-ils imposés après 70 ans ?
Non. Seules les sommes versées sont imposables. Tous les gains qu’elles ont produits sont totalement exonérés de droits de succession, sans aucun plafond, quelle que soit leur importance.
Faut-il fermer son assurance-vie à 70 ans ?
Non. Le contrat conserve les droits acquis sur les versements antérieurs, qui restent soumis au régime des 152 500 € par bénéficiaire. Fermer un contrat ferait perdre cet avantage définitivement.
Un enfant paie-t-il des droits sur une assurance-vie versée après 70 ans ?
Cela dépend de son abattement successoral. Les sommes taxables s’ajoutent à la succession et bénéficient de l’abattement de 100 000 € par enfant. Si celui-ci n’a pas déjà été consommé par le reste de la succession, l’impôt peut être nul.
D’où viennent ces chiffres
Le régime des versements après 70 ans est fixé par l’article 757 B du code général des impôts, celui des versements antérieurs par l’article 990 I. L’exonération du conjoint découle de l’article 796-0 bis.
Ces valeurs sont celles de 2026, vérifiées le 3 août 2026. Le guide complet détaille les deux régimes, et les sources officielles sont toutes listées.
Calculez ce que recevra chaque bénéficiaire
Les montants de cet article sortent du même moteur que le simulateur. Entrez vos propres chiffres et vous verrez le détail des deux périodes, avant et après 70 ans.
Ce résultat est une estimation, calculée à partir de ce que vous avez saisi et des règles fiscales en vigueur. Ce n’est pas un calcul officiel, ni un conseil juridique ou fiscal. Seul un notaire peut établir le montant réel que vous aurez à payer.